Livres à vous 

Les coups de coeur du cercle de lecteurs

Bienvenue dans l’univers des coups de cœur de la bibliothèque du Galet ! Ici, nos lecteurs attentifs, passionnés et curieux, partagent avec vous leurs dernières découvertes littéraires. Romans poignants, essais percutants, polars haletants ou albums émouvants : chaque livre présenté a suscité un véritable enthousiasme, une émotion forte ou un débat animé. Ces suggestions sont le fruit d’échanges riches et conviviaux entre lecteurs de tous horizons. Laissez-vous guider par ces recommandations et, qui sait, peut-être trouverez-vous votre prochaine lecture marquante parmi leurs favoris…

Romans

Le barman du Ritz, de Philippe Collin (Albin Michel, 2024).

(Coup de ❤ de Geneviève)

Ce roman, très documenté, est inspiré de la vie de Frank Meier, juif ashkénaze ayant réellement existé, célèbre pour avoir servi en cocktails de célèbres Américains comme Hémingway ou Roosevelt, et qui a publié un livre, en 1936 : L’art du cocktail. Le roman se passe à Paris, en 1940, où Frank Meier, après avoir beaucoup voyagé, est devenu le barman star du Ritz. Vétaran de la Première Guerre mondiale, il conservé une bonne opinion de Pétain et lorsqu’arrive la Seconde Guerre mondiale et que l’hôtel du Ritz, où il travaille, est réquisitionné par des officiers de la Wehrmacht, il cache ses origines juives et reste barman. De nombreuses personnalités s’y retrouvent : Coco Chanel, Sacha Guitry, mais aussi de hauts fonctionnaires, des malfrats, etc. Frank Meier sait se faire discret et se faire apprécier de tout le monde mais le fossé entre le monde extérieur, fait de guerre et de rafles, et la vie du Ritz, faite de mondanités et de fêtes, font naître un débat intérieur en lui. Il se met à faire des faux-papiers pour des juifs, pour lesquels il touche des commissions. Philippe Collin montre, à travers tous ces personnages, toutes les nuances de compromission de français ordinaires, pas très courageux, les égoïsmes de chacuns et ce que la guerre peut faire de personnes pourtant capables d’humanité. Intéressant et prenant.

Kolkhoze, d’Emmanuel Carrère (P.O.L, 2025)

(Coup de ❤ de Christine)

L’écrivain retrace ici la vie de sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, mais aussi celle de toute une famille sur quatre générations. Hélène Carrère d’Encausse, née Zourabichvili, est une apatride, victime de la révolution soviétique, fille d’une aristocrate germano-russe ruinée et d’un Géorgien dont on ne connait pas exactement le destin. Lorsque le père d’Emmanuel Carrère rencontre Hélène Zourabichvili, celle-ci est très pauvre et il n’imagine évidemment pas ce que deviendra cette femme au destin tout-à-fait romanesque. Devenue française en 1950, elle a étudié à Science Po, été professeur d’histoire, écrivain, historienne, député européenne et première femme à occuper le poste de secrétaire perpétuel de l’Académie Française. L’histoire de cette famille nous fait également traverser la grande Histoire et si la première partie du roman peut paraître un peu longue, la seconde partie est tout-à-fait réussie. Ni hagiographie, ni règlement de comptes, l’auteur dit son admiration pour sa mère, d’une grande intelligence, mais qui pouvait être très dure dans sa vie privée, notamment avec son mari. Emouvant et bouleversant dans les dernières pages.

Passagères de nuit, de Yanick Lahens (Sabine Wespieser, 2025)

(Coup de ❤ de Christiane)

Yanick Lahens, écrivaine haïtienne, raconte l’histoire de l’esclavage à travers la lignée de femmes dont elle est issue. On suit d’abord Elisabeth Dubreuil, mulâtresse née à la Nouvelle-Orléans au début du XIXe siècle d’un père blanc, maître d’une plantation en Haïti, qui a émigré avec sa maîtresse noire à la Nouvelle-Orléans. Sa grand-mère, une Africaine ayant affronté la traversée de l’Atlantique vers les Antilles, a été affranchie par son maître et n’a plus voulu dépendre d’aucun homme. Sa petite-fille, Elisabeth, va prendre exemple sur elle pour résister à un ami de son père qui tente de la violer. Elle veut le tuer, mais n’y parvient pas, et s’enfuit à Haïti, où elle est accueillie par l’ancienne cuisinière de son père. Dans une deuxième partie, nous découvrons l’histoire de Régina, qui s’adresse à son grand amour, le Général Corvasso. Régina est une femme noire d’Haïti, bonne dans une famille dont la patronne, elle aussi noire, la maltraite. Elle finira par s’enfuir et sera recueillie par une autre femme. Cette rencontre lui permettra de s’émanciper. Dans une écriture très imagée et poétique, l’autrice parle d’exil, d’attachement à son pays et à sa culture. Un propos nuancé, centré sur la résistance des femmes.

Ce parfum rouge, de Theresa Revay (Stock, 2024).

(Coup de ❤ de Dominique)

Nine Dupré, 27 ans en 1934, est une descendante de parfumeurs français établis à Moscou sous l’empire des tsars. Mais la révolution bolchévique va mettre fin à cette destinée et le père de Nine Dupré disparaît. Elle grandit en exil à Paris. Adulte, elle commence à travailler pour un parfumeur lyonnais et fait une rencontre amoureuse qui va la ramener en Russie, où, lors d’une visite de délégation, elle croit reconnaître un parfum dont seul son père connaissait la fabrication. Serait-il encore vivant ? Inspirée de l’histoire vraie de l’arrière-petite-nièce d’un chimiste lyonnais, Léon Givaudan, ce roman nous fait traverser l’histoire des années Trente en France et en Russie. On y rencontre des personnages historiques comme Edouard Herriot. Facile à lire, bien documenté.

Trois fois la colère, de Laurine Roux (Ed. du Sonneur, 2025).

(Coup de ❤ de Nolwenn)

Epoque médiévale, dans les Alpes. Histoire de vengeance, suite au viol d’une jeune fille par le seigneur local. De ce viol naîtront des triplés, qui seront séparés à la naissance et auront chacun une destinée bien particulière. Histoire de pouvoir, de domination masculine, de tension entre vengeance et justice. Les questions soulevées sont très modernes, la nature est un personnage à part entière, le tout dans une très belle écriture. Une jolie découverte.

Polars

Fille de cendre, d’Ilaria Tuti (Robert Laffont, 2022).

(Coup de ❤ de Dominique)

Une enquête du Commissaire Battaglia, peut-être la dernière ? Elle retrouve ici un tueur en série qu’elle avait traqué il y a plus de vingt-cinq ans et qui lui demande protection après avoir avoué un autre meurtre.

Quelques thèmes d’actualité sont abordés au passage, qui rendent d’autant plus prenant et touchant ce roman policier : le combat des femmes pour être reconnues dans leur métier, les violences conjugales et aussi, la maladie puisque notre commissaire doit faire avec une mémoire qui s’en va…

Documentaires

La collision, de Paul Gasnier (Gallimard, 2025).

(Coup de ❤ de Geneviève)

La collision est une sorte d’enquête journalistique et sociologique qui part d’un drame personnel : la mort de sa mère qui, à vélo, s’est faite percutée par une moto-cross à la Croix-rousse en 2012.

Son fils, devenu journaliste, cherche à comprendre, sans juger. La collision est aussi celle de deux mondes : celui d’une femme menant une vie stable et celui d’un jeune homme aux prises avec la précarité dont les trajectoires de vie ne semblent pouvoir se croiser que dans la violence. Nous suivons ici la réflexion en mouvement de l’auteur qui ne cherche pas émettre de verdict définitif.

B.D. / Mangas

Moon, de Cyrille Pomès (Rue de Sèvres, 2022)

(Coup de ❤ de Nolwenn)

Un village en bord de Méditerranée hors-saison et des ados qui tuent le temps comme ils peuvent. Parmi eux, Gabriel, surnommé Cosmos car il semble venir d’une autre galaxie, et Luna, la star locale des réseaux sociaux. Sauf que la foudre tombe sur l’antenne-relais du village : plus d’Internet, de téléphone, de radio, de télé… Les ados vont devoir s’adapter et réinventer leur quotidien. Une B.D. qui aborde violences familiales, harcèlement, poids du numérique avec justesse et interroge l’importance donnée par ces jeunes aux réseaux sociaux. Une chronique sociale douce-amère, aux couleurs un peu passées. Touchant.

Les noces des Lucioles, tomes 1 à 8 (depuis 2024, Glénat Manga)

(Coup de ❤ de Nolwenn)

Japon, ère Meiji. Un père cherche à marier sa fille, Satoko, malade du cœur. Mais cette dernière se fait enlever. De la romance, oui, mais pas que. La couverture annonce la couleur : les tonalités douces révèlent, en arrière-plan, un visage maculé de sang. Ames sensibles, s’abstenir. En effet, ce manga ne cesse d’alterner entre une histoire d’amour tortueuse et des règlements de compte plutôt sanglants entre différents personnages, au premier plan desquels le tueur à gages ayant enlevé Satoko. En échange de sa liberté, elle va lui proposer un mariage… Beau graphisme, amusant et assez addictif.

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